Conscience is the new insouciance

Des semaines que je vois du jaune partout alors que tout le monde voit rouge… des jours que je bloque dans l’écriture de mon livre, au grand damne de mon éditeur.

Je ne peux pas être témoin de l’Histoire et rester indifférente.

Je descends chez Christophe, un bar français de Washington pour boire un café, manger du bon pain et me changer les idées, oublier… j’échange quelques mots avec le serveur qui déduit à mon accent que je suis française. Lui aussi, on switche en patois, on parle de la pluie et du beau temps, de ce soleil jaune qui brille sur la France… « j’aimerais pas être à Paris en ce moment » me dit-il. Mon coeur se serre .

Je remonte chez moi. J’essaye de me convaincre que tout ira bien, de détourner les yeux de la réalité… Des années que nous le faisons. Des années que ça marche. Pourquoi ne pas continuer ? Et si je me voilais la conscience pour ne plus vivre que dans l’insouciance ? Et si j’allais me griser dans les bars, les boutiques, ou sur Netflix pour ne plus m’entendre penser ?…

Les jours passent. Je vais récupérer ma fille à l’école. Je discute avec une maman pendant que les enfants jouent. Elle travaille à la Banque Mondiale. On échange sur l’état du monde. Lucide, son constat est sans appel : « nous sommes tous dans la merde, riches ou pauvres, personne n’échappera à la fin de ce monde ! ». Je regarde les enfants jouer innocemment. Si seulement ils savaient ce que nous avons fait de leur Terre… Mon coeur se serre.

Qu’avons-nous fait au bon Dieu pour mériter ça ? Ma conscience sursaute : le bon Dieu ? mais qu’a-t-il à voir là-dedans ? Qu’avons-nous fait, NOUS, pour en arriver là ?!!

Qu’avons-nous fait, nous 99% d’êtres humains pour laisser 1% des nôtres avoir droit de vie ou de mort sur nous ?  

Des semaines, acte après acte, samedi après samedi que je cherche à comprendre le mouvement des Gilets Jaunes, l’attitude de l’état qui s’emmêle et de Trump qui s’en mêle, des citoyens silencieux et des médias vicieux. Quelle est cette pièce de théâtre qui se joue sous nos yeux, acte après acte ? Et combien d’actes tragiques faudra-t-il encore pour se vouloir enfin du bien ?

Je prends mon vélo histoire de m’oxygéner le cerveau. Je descends Embassy Row à vive allure (l’avenue des ambassades à Washington). Une statue de bronze m’interpelle, je fais une pause. C’est Mandela. Nelson Mandela : Combattant de la Liberté – Prisonnier Politique – Chef d’état.

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Mais bien sûr !!! Humaine à plein temps, voilà ce que je suis. Ni coach, ni écrivain, ni penseur, ni française, ni gilet jaune, ni pour, ni contre.  Humaine, voilà tout.

Screen Shot 2018-12-08 at 10.27.26 PM.pngFlippée, au taquet, inquiète, intriguée, blessée, paumée, choquée, déchaînée, angoissée, excitée, coupable, désolée, dépassée…

J’ai le droit de rêver, de m’emporter et même, de me laisser emporter par mes rêves.

Des semaines que je l’oublie. Des semaines que je tente de comprendre, rationaliser, envisager, structurer ce mouvement humain dans ma tête. Des semaines que je fais tout pour ne pas ressentir la colère, la peine, le désarroi, la peur… Des semaines à me déconnecter de mon coeur. Moi qui ai conçu une méthode éducative et thérapeutique où la pensée vient en second, l’action en troisième, et l’émotion en premier. Car c’est dans cet ordre que nous expérimentons notre condition humaine. Dans cet ordre et aucun autre : émotion, pensée, action.

Je ne peux pas rêver de changer le monde depuis l’âge de cinq ans, créer un outil pour accompagner ce changement historique prédit, et oublier que le monde se change souvent dans la douleur, en pleurant, en se battant, et en se perdant, pour mieux se retrouver, car il se change « en soi ».

Alors si comme moi, vous n’avez pas envie d’être asphyxié par le contexte anxiogène, vous pouvez suivre les conseils du psychiatre Christophe André pour rester zen dans un monde de dingue, et les miens. Personnellement, je vous invite à ressentir vos émotions, à ne pas vous en couper car c’est ce qui vous rend humain et vous permet de rester connecté à votre prochain. Une fois cela fait, passez à autre chose. Ruminer ne sert à rien. Même en cas de crise nous avons le droit d’être léger et de dédramatiser : sortez boire un verre avec un ami, allez au cinéma, au musée, faites une balade en forêt, jouez avec vos petits enfants, ou plantez un pommier. Bref, vivez !

Si l’on m’apprenait que la fin du monde est pour demain, je planterai quand même un pommier – Martin Luther.

Allez, je retourne écrire mon livre, le cœur ouvert, la plaie béante, mais au moins, il sera humain.

Je vous aime.

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Humaine et Joyeuse Transporteuse de Vie

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